NC : La recherche d’autonomie où le mythe de Sisyphe
Bonjour à tous,
L’association APROFED revient vers vous cette semaine suite à un article paru dans le journal de la Corse, ce 11 février 2026, intitulé – Nouvelle-Calédonie : l’accord introuvable et le spectre d’une rupture (cf. Nouvelle-Calédonie : l’accord introuvable et le spectre d’une rupture – Journal de la Corse) dont l’un des paragraphes résume bien la problématique quant aux négociations portant sur l’avenir institutionnel du territoire.
Celui-ci mentionne en effet que dès que le mot indépendance est prononcé, il agit comme un déclencheur de blocage […] les lignes se figent, les accusations de refus du dialogue se croisent et le processus politique se grippe. Chacun accuse l’autre d’intransigeance, tandis que le terrain social continue de se fragmenter.
Or, comme le souligne un autre article cette fois-ci du site corsicainfurmazione, le projet d’accord de Kanaky ne vise pas une indépendance immédiate mais un processus structuré vers la souveraineté (cf. « Mensonges d’État, vérité kanak : le FLNKS rétablit les faits »).
Il convient de rappeler également que l’indépendance n’a jamais été un leitmotiv pour le peuple premier jusqu’à ce que l’idée lui soit suggérée par l’État français lui-même dans les années 1970.
En effet, au sortir de la 2nd Guerre Mondiale, l’adoption de la Constitution de la 5e République permet à chaque territoire d’outremer de choisir entre :
– conserver son statut particulier de TOM au sein la République française,
– devenir un département français,
– ou quitter la République française en devenant un Etat membre de la Communauté (cf. Territoire d’outre-mer (France) — Wikipédia).
La Nouvelle-Calédonie fait alors le choix de demeurer un TOM et ainsi rester dans le giron français.
Ce choix est alors « récompensé » par l’attribution d’une plus grande autonomie aux élites locales quant à la gestion de leurs compétences.
Malheureusement, la proposition insincère de l’État et les promesses non tenues concernant la Communauté, sorte de Commonwealth à la française, amènent un grand nombre d’anciennes colonies (africaines et asiatiques) à demander leurs indépendances. Face à cette vague d’émancipation soutenue par les nouvelles grandes puissances que sont les Etats-Unis et l’Union soviétique, la France décide de reprendre l’autonomie attribuée à la Nouvelle-Calédonie.
Depuis lors, les kanak n’ont eu de cesse de vouloir récupérer cette autonomie. Or, estimant que cette dernière pouvait s’avérer être une marche vers l’indépendance, la France n’eut de cesse de rejeter cette proposition ne laissant aux calédoniens que 2 options : celle de l’intégration par la départementalisation ou celle de sortir de la République via l’indépendance. C’est cette dernière option qui fut ainsi choisi dans le milieu des années 70 à laquelle la France ne cesse de s’opposer depuis.
Ainsi, si l’indépendance est source de blocage, il convient de rappeler que cette proposition émana de l’État lui-même et non des kanak. Ces derniers n’ayant jamais rejeté le lien avec la France, ne demandant que le retour de l’autonomie attribuée dans les années 50 et confisquée dans les années 60. Or, si le terme d’autonomie semble être lui aussi source de tensions car perçu comme une hypothétique marche avant l’indépendance, pourtant là encore mis en place par la France, il convient de se demander que reste-t-il à attendre pour les calédoniens, si ce n’est l’intégration, l’assimilation forcée, le retour au statut de colonie où toutes les décisions seraient prises depuis Paris, ce qu’aucun ne souhaite et pourtant ce qui semble être mis en place par l’État au travers des accords de Bougival et d’Elysée-Oudinot.
Si d’autres solutions ont été proposé et partiellement mises en œuvre, comme celles d’État-associé (ou indépendance-association) et d’organisation fédérale, au travers des accords de Matignon-Oudinot (1988) et de Nouméa (1998), il apparaît là encore de la part de l’État une volonté de ne pas vouloir aller jusqu’au bout de la démarche, revenant ainsi sur près de 40 ans d’avancées visant pour la Nouvelle-Calédonie à retrouver son autonomie. Cette marche arrière volontaire, qualifiée par les indépendantistes de « politique du yo-yo », démontre bien l’insincérité des gouvernements métropolitains successifs quant à la recherche d’un consensus, en vue d’améliorer le sort de ces populations ultramarines au profit de ses propres intérêts économiques et internationaux.
Les calédoniens dans leur recherche d’autonomie étant condamnés à revivre les mêmes événements de génération en génération (1878, 1917, 1984, 2024) tout comme Sisyphe dans la mythologie grecque que les dieux (France) punirent pour l’éternité à répéter la même action.
En vous souhaitant une bonne lecture et en vous rappelant que le fédéralisme est la seule solution pour concilier l’unité dans la diversité.
L’association APROFED
