La Nouvelle-Calédonie et le Sahara occidental : 2 territoires aux parcours identiques

La Nouvelle-Calédonie et le Sahara occidental : 2 territoires aux parcours identiques
24 février 2026

La Nouvelle-Calédonie et le Sahara occidental : 2 territoires aux parcours identiques

Bonjour à tous,

L’association APROFED revient vers vous cette semaine suite à l’examen par le Sénat du projet de révision institutionnelle portant sur la Nouvelle-Calédonie, ce mardi 24 février 2026 (cf. Projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie | Sénat)

Hasard du calendrier, le sort d’un autre territoire non autonome se discute également au même moment, à Washington, sous l’égide des Etats-Unis et de l’ONU, celui du Sahara occidental, (cf. Sahara : Trump convoque un nouveau round de négociations les 23 et 24 février) lequel présente un grand nombre de similitude avec le dossier calédonien.

En effet après plus de 50 ans de conflit, le Maroc occupant la quasi totalité de ce territoire et revendiquant la souveraineté sur celui-ci vis-à-vis des ses voisins que sont l’Algérie et la Mauritanie vient de déposer un projet d’accord visant à le rendre plus autonome. Bien que validé par les instances onusiennes au travers d’une résolution (n°2797) et par un grand nombre d’Etats occidentaux au vu de leurs intérêts (exploitation des richesses, lutte contre le terrorisme et contrôle de l’immigration vers l’Europe), (cf. TV5 Monde: Trois experts analysent le reprise des négociations sur le Sahara Occidental – Maghreb Online) il n’en demeure pas moins que l’ensemble des propositions faites au sein de ce projet ne satisfait pas complètement le front Polisario, mouvement indépendantiste local, semblable au FLNKS pour la Nouvelle-Calédonie.

Tout comme en Nouvelle-Calédonie se pose les problématiques :

– du corps électoral, notamment son élargissement aux marocains installés depuis moins de 10 ans sur le territoire,

– de la démographie et du sort des 200 000 sahraouis réfugiés en Algérie que les indépendantistes souhaitent voir revenir, ce qui inquiète le pouvoir central marocain, craignant un basculement démographique (cf. lematindalgerie.com/sahara-occidental-offensive-diplomatique-de-washington-pour-imposer-lautonomie/?amp=1),

– du droit à l’autodétermination, où plus aucune motion de référendum, ni de consultation populaire ne sont stipulés dans le projet. Un mécanisme d’approbation ne reposant pas exclusivement sur le peuple sahraoui comme le veut le droit international, pose également problème,

– de la gouvernance locale, pour laquelle le Front Polisario souhaiterait acquérir son autonomie politique alors que le Maroc ne semble pour sa part qu’à lui concéder au mieux une autonomie administrative (cf. Le Sahara marocain : du projet d’autonomie politique au statut d’autonomie juridique).

– et du non partage des richesses. L’État marocain ayant exclu toute discussion sur le partage des richesses naturelles du territoire, un sujet central pour le Front Polisario (cf. Sahara occidental : nouveau round de négociations à huis clos à Washington | Mediaterranee ! L’actualité au quotidien).

Bien que les Etats-Unis mettent la pression (cf. Sahara occidental : Washington met la pression, le Polisario réaffirme l’autodétermination, Alger réservée | Maghreb Émergent ; Négociations sur le Sahara : Washington presse pour une solution rapide ) pour finaliser un accord, les indépendantistes se disent méfiants vis-à-vis d’un projet ne s’appuyant pour l’heure que sur des promesses politiques sans aucune base juridique, à l’instar des projets de Bougival et d’Elysée-Oudinot proposés par la France.

Il est à noter que la France et l’Espagne, autrement dit l’Union Européenne, semble avoir été volontairement marginalisé par les Etats-Unis dans le cadre de ces négociations (cf. Sahara : Washington impose de nouvelles négociations).

Même si le plan marocain s’inspire des communautés autonomes espagnoles (cf. Sahara occidental : nouveau round de négociations à huis clos à Washington | Mediaterranee ! L’actualité au quotidien), tout comme le projet français pour la Nouvelle-Calédonie, faisant de cette dernière un Etat hybride régional au sein de la France, ce à quoi s’oppose le FLNKS.

Il est ainsi possible au travers de cet article de constater la similitude entre les causes de ces 2 territoires non autonomes que sont la Kanaky (Nouvelle-Calédonie) et le Sahara occidental, dont les habitants font face tous 2 à des Etats trop centralisateurs, jugé même féodal pour le cas du Maroc par le Front Polisario (cf. Processus de décolonisation du Sahara Occidental : Trump convoque un nouveau round).

Autre élément frappant étant la difficulté à proposé un drapeau, ce pourquoi le Maroc est actuellement réticent même si l’émissaire des Etats-Unis, sur le principe du fédéralisme à l’ américaine, a proposé au Maroc d’intégrer des symboles de souveraineté régionale.

Pour conclure et selon les mots d’Ali Oussi, le Sahara Occidental reste, selon les Nations unies, un territoire non autonome en attente de décolonisation. La question centrale n’est pas celle d’une autonomie administrée sous souveraineté marocaine, mais celle du droit imprescriptible d’un peuple à décider lui-même de son avenir, sans pression ni fait accompli (cf. Processus de décolonisation du Sahara Occidental : Trump convoque un nouveau round)  Conclusion qui pourrait s’appliquer également parfaitement à la Nouvelle-Calédonie.

La seule différence étant au grand dam des indépendantistes kanaks, l’intervention des Etats-Unis et de l’ONU au sein des négociations sur le Sahara occidental, ce qui n’est pas le cas pour la Nouvelle-Calédonie ; pas étonnant dans la mesure où il s’agit d’un territoire d’un pays occidental, membre du Conseil de Sécurité de l’ONU et de l’OTAN, ce qui n’est pas le cas du Maroc. Autrement dit l’interventionnisme à ces limites.

En vous souhaitant une bonne lecture et en vous rappelant que le fédéralisme est la seule solution pour concilier l’unité dans la diversité.

L’association APROFED