fédéralisme vs jacobinisme et monarchie républicaine ?
Bonjour à tous,
L’association APROFED revient vers vous en cette fin de semaine sur l’opposition bien française depuis la Révolution française entre le fédéralisme et le jacobinisme ainsi que la monarchie républicaine.
Comme explicité dans notre article sur le fédéralisme dans l’histoire de France (cf. Le Fédéralisme dans l’histoire de France – APROFED), cette notion était portée en 1791 par des députés nommés : “les girondins”, lesquels plaidaient pour une autonomie des provinces (régions actuelles) et la mise en place d’un gouvernement fédéral au sein d’un Etat souverain, à l’instar des Etats-Unis, tout jeune Etat venant d’acquérir son indépendance en signant sa Constitution.
Si malheureusement, ce projet ne vit jamais le jour, laissant place au régime de la Terreur, mis en œuvre par leurs adversaires, les députés montagnards, adeptes d’un pouvoir dit jacobin, à savoir fort et centralisé sur Paris, peu de personnes savent qu’il existait en réalité un “fédéralisme jacobin” comme nous le démontre Jacques Guilhaumou, historien, dans son analyse des discours révolutionnaires de 1793 à Marseille (cf. Fédéralisme jacobin et fédéralisme sectionnaire à Marseille en 1793 (analyse du discours)), permettant ainsi d’observer que fédéralisme et jacobinisme ne sont tout compte fait pas si éloigné que cela, l’un de l’autre.
Le fédéralisme se voulant un concept visant à répartir la gestion du pouvoir, les républicains jacobins de la ville de Marseille à la suite de la mort du Roi font ainsi comprendre aux députés siégeant à Paris qu’il serait judicieux de partager le pouvoir non pas avec les provinces comme le demandait les girondins mais avec la mise en place d’un pouvoir Exécutif afin de contrebalancer le pouvoir législatif et éviter que celui-ci ne devienne despotique.
Avec la mise en place de la 5e république, presque 150 ans après, avec à sa tête un militaire (Gal de Gaulle), la France obtient un pouvoir exécutif fort comme le souhaitait les républicains marseillais de la Révolution, peut-être même trop fort, basculant le pouvoir des mains de l’assemblée aux mains d’un seul homme, ce qui amena à qualifier la France paradoxalement depuis de “monarchie républicaine” et son président de “monarque républicain”.
Ainsi, pour l’IA, ces expressions ont émergées pour les raisons suivantes :
1. Concentration des pouvoirs dans les mains du président
Sous la Cinquième République (depuis 1958), le président de la République dispose de pouvoirs très étendus, notamment :
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- Il nomme le Premier ministre et peut le révoquer.
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- Il peut dissoudre l’Assemblée nationale.
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- Il préside le Conseil des ministres.
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- Il peut recourir au référendum (article 11).
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- Il peut utiliser les pleins pouvoirs en cas de crise grave (article 16).
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- Il est chef des armées et détient l’arme nucléaire.
Cela donne une image de chef d’État très puissant, parfois comparé à un monarque.
2. Un président élu mais aux allures royales
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- Le style présidentiel peut paraître monarchique : cérémonial, autorité symbolique, centralité dans la vie politique.
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- Certaines périodes ont renforcé cette perception, notamment avec des présidents comme Charles de Gaulle, François Mitterrand ou Emmanuel Macron, qui ont eu un style jugé vertical et centralisateur.
3. Un paradoxe institutionnel
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- La République repose sur l’idée que le pouvoir vient du peuple, qu’il y a une séparation des pouvoirs, et que les institutions évitent la concentration.
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- Mais en pratique, avec l’élection du président au suffrage universel direct depuis 1962, le président est légitimé directement par le peuple, ce qui lui donne une autorité presque personnelle, difficile à contrebalancer.
4. Origine de l’expression « monarque républicain »
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- Cette expression est souvent attribuée à Maurice Duverger, un politologue qui a étudié les régimes politiques.
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- Elle vise à désigner une fonction présidentielle qui, bien qu’évoluant dans un cadre républicain, concentre des prérogatives proches de celles d’un monarque constitutionnel.
En résumé
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- « Monarchie républicaine » ou « monarque républicain » = expressions critiques ou analytiques pour désigner le déséquilibre des pouvoirs au profit du président dans un régime pourtant républicain.
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- Elles révèlent un tiraillage entre l’esprit républicain (égalité, contrôle du pouvoir, souveraineté populaire) et la réalité d’un exécutif très fort centré autour du président.
Voici une explication du rôle d’Emmanuel Macron dans la perspective du « monarque républicain », avec des exemples concrets illustrant pourquoi cette expression lui est souvent associée :
Emmanuel Macron, incarnation du « monarque républicain »
1. Un exercice très vertical du pouvoir
Dès son élection en 2017, Emmanuel Macron revendique un style présidentiel fort, centralisé :
« Le président doit présider » (discours à Versailles en juillet 2017).
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- Il centralise les décisions à l’Élysée, même sur des dossiers normalement délégués à des ministères.
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- Le Premier ministre est souvent perçu comme un « collaborateur » plutôt qu’un chef de gouvernement autonome (comme Édouard Philippe, Jean Castex ou Élisabeth Borne).
2. La mise en scène de l’autorité présidentielle
Macron soigne son image présidentielle, avec des symboles parfois jugés monarchiques :
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- Discours au Congrès de Versailles (comme Louis XIV l’aurait fait à l’époque), à plusieurs reprises.
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- Mise en scène du pouvoir (marche seul dans la cour du Louvre lors de son investiture).
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- Démarche très personnelle dans les affaires de l’État : il parle souvent à la première personne du singulier sur des sujets de politique nationale et internationale.
3. Usage intense des institutions présidentielles
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- Il a dissous l’Assemblée nationale en juin 2024, comme Charles de Gaulle en 1968 ou Jacques Chirac en 1997, ce qui est un pouvoir rare et très symbolique.
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- Il a utilisé de manière répétée l’article 49.3 (par ses Premiers ministres), ce qui renforce le caractère autoritaire de l’exécutif.
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- Sur la réforme des retraites en 2023, il a maintenu la réforme malgré une large opposition sociale et parlementaire, via des procédures constitutionnelles mais contestées politiquement.
4. Une présidence personnalisée
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- Macron gouverne avec un petit cercle de fidèles, ce qui renforce la perception d’un pouvoir hors des partis traditionnels et peu collégial.
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- Il se pose comme un président « jupitérien », au-dessus de la mêlée politique. Il l’a assumé dès le départ :
« La France n’est pas réformable… Les Français détestent les réformes. »
— Emmanuel Macron, propos rapportés en 2018.
En résumé : pourquoi Macron est qualifié de « monarque républicain »
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Aspect |
Exemple sous Macron |
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Centralisation du pouvoir |
Décisions majeures prises à l’Élysée |
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Mise en scène monarchique |
Discours à Versailles, symboles solennels |
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Puissance institutionnelle |
Usage du 49.3, dissolution, réforme des retraites |
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Verticalité du pouvoir |
Style « jupitérien », peu de place aux corps intermédiaires |
Ainsi, si durant la période révolutionnaire, le fédéralisme a été combattu par les membres de l’assemblée nationale, aujourd’hui il l’est par celui qui détient le pouvoir, à savoir l’exécutif lui-même.
Il convient de rappeler par ailleurs que le jugement fait à tort à l’encontre des girondins fédéralistes les stigmatisant de contre-révolutionnaires, de dépeceur de la nation, de traître s’avère en réalité dû à une erreur de timing et d’alliances malencontreuses.
En effet, suite à la prise de la décision subite de tuer le Roi, emprisonné jusqu’alors, les députés de l’assemblée en réflexion jusqu’ici sur comment organiser le pouvoir, hésitant entre centralisme et fédéralisme, se retrouvent dès lors devant le fait accompli de gérer le pouvoir laissé vacant. La mort du roi ayant entraîné des réactions belliqueuses de la plupart des Etats européens ayant à leurs têtes des monarchies, les députés montagnards estimèrent à juste titre la nation en danger et centralisèrent donc le pouvoir en vue de coordonner la défense de la patrie. Malheureusement, certains girondins d’Occitanie, de Normandie, de Vendée, de bretagne, … autrement dit de la périphérie de Paris, ne mesurèrent pas le danger et désireux de mettre en place le fédéralisme comme mode de gestion interne de la France, allèrent jusqu’à s’associer avec des monarchistes en vue d’appliquer le concept dans leurs régions respectives sans l’aval de Paris, ce qui fut perçu comme un acte de traitrise.
Or, la problématique aujourd’hui est que la France n’est menacée aucunement d’un péril imminent et le pouvoir exécutif en place se cache constamment derrière des crises socio-économiques, sanitaires, … qu’il maintient afin de ne pas redonner le pouvoir aux régions et collectivités subalternes, s’opposant ainsi sans motif réel apparent contre la notion de fédéralisme, alors qu’au contraire un grand nombre de ses voisins européens appel à ce changement.
Il convient de rappeler que de nombreuses monarchies sont tombées à la suite de révoltes populaires, motivées par la pauvreté, l’injustice sociale, ou l’absolutisme. Certaines monarchies ont été abolies pacifiquement à travers des réformes ou des votes démocratiques. Des militaires ou des factions politiques ont parfois renversé la monarchie. La corruption, le népotisme ou l’incapacité à s’adapter aux changements sociaux ont aussi miné certaines monarchies.
Ainsi, les monarchies tombent généralement lorsqu’elles ne parviennent pas à s’adapter, qu’elles s’isolent du peuple, ou qu’elles sont perçues comme des obstacles au progrès ou à la justice. Celles qui ont survécu ont souvent accepté des réformes profondes et se sont transformées.
L’association rappelle aussi que bien que la monarchie et le fédéralisme représentent deux formes d’organisation politique différentes, ces deux systèmes ont parfois coexisté. Des monarchies ont intégré des éléments fédéraux pour maintenir l’unité dans des États composites ou multiethniques (ex. : le Saint-Empire romain germanique ou l’Empire austro-hongrois). Le fédéralisme et la monarchie ne sont pas nécessairement incompatibles. Il existe plusieurs pays fédéraux qui sont encore des monarchies. Ce sont généralement des monarchies constitutionnelles, où le roi/reine a un rôle essentiellement symbolique. Exemples notables :
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- Canada – Monarchie constitutionnelle fédérale (Royaume-Uni à la tête symbolique).
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- Australie – Idem, monarchie fédérale avec la reine (ou roi) du Royaume-Uni comme chef d’État.
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- Malaisie – Monarchie fédérale unique : c’est une fédération de monarchies (les sultans des États fédérés élisent un roi tous les 5 ans).
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- Belgique – Monarchie fédérale depuis les réformes constitutionnelles de 1993, avec des régions et communautés autonomes.
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- Émirats arabes unis – Fédération de monarchies héréditaires (émirs), avec un président élu parmi eux.
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- Espagne – Officiellement un État « hautement décentralisé », parfois considéré quasi-fédéral (royaume avec des communautés autonomes puissantes).
Historiquement, il y a eu tension dans les régimes absolutistes, mais aujourd’hui, plusieurs monarchies constitutionnelles modernes adoptent des structures fédérales. Le fédéralisme a parfois remplacé la monarchie dans des contextes révolutionnaires ou républicains, mais il peut aussi exister en parallèle avec une monarchie, surtout symbolique ou représentative.
Ainsi, à l’instar des provinces périphériques de Paris durant la Révolution, l’association note que ce sont à nouveau ces régions additionnées de celles d’outre-mer qui demandent à mettre en place une République fédérale française comme :
– Grégory Berkovicz, en Normandie,
– Emmanuel Faivre, en Bourgogne-Franche-Comté,
– Frédéric Masquelier, en Provence-Alpes-Côtes d’Azur,
– le Tavini, en Polynésie française,
– notre association ou Philippe Buteri de Preville (cf. Home page | republiquefederalefrancaise) en Nouvelle-Calédonie,
– etc.
L’association estimant qu’il est temps de passer ainsi à une 6e République qui serait fédérale, préférant que cela se fasse pacifiquement à travers des réformes ou un vote démocratique plutôt qu’une nouvelle révolution où les kanak joueraient le rôle des sans-culottes, d’autant plus qu’ils jouent déjà le rôle des irréductibles résistants encore et toujours à l’envahisseur.

En vous souhaitant une bonne lecture et en vous rappelant que le fédéralisme est la seule solution pour concilier l’unité dans la diversité.
L’association APROFED.

