Fédéralisme ne veut pas dire sécession
Bonjour à tous,
L’association APROFED revient vers vous en cette fin de semaine sur les notions de fédéralisme et de sécession.
Certains Etats unitaires comme le Cameroun, le Tchad, la RDC, la Côte d’ivoire, … réfléchissent à l’heure actuelle à évoluer vers un régime de type fédéral. Or, les détracteurs à cette démarche compare inlassablement ce changement à une volonté de faire sécession, ce qui n’est absolument pas l’objet de ce concept.
En effet, le fédéralisme est une organisation politique dans laquelle le pouvoir est partagé entre un gouvernement central et des entités fédérées (États, provinces, cantons, etc.). Ces entités disposent d’une autonomie importante, mais elles restent liées à l’ensemble fédéral. Tandis que la sécession, en revanche, est l’acte par lequel une entité décide de quitter un État pour former un État indépendant. Cela n’est pas une conséquence obligatoire du fédéralisme. On peut même dire que le fédéralisme est souvent pensé comme un moyen d’éviter la sécession : il permet aux différentes régions ou peuples d’un pays d’avoir assez d’autonomie pour rester unis dans un cadre commun, au lieu de se séparer.
En résumé, le fédéralisme consiste en un partage de souveraineté afin de maintenir l’unité tandis que la sécession équivaut à une rupture de l’unité politique. Le fédéralisme vise ainsi à renforcer l’unité dans la diversité.
L’association estime ainsi malheureux que l’Etat français reste sourd malgré une hausse du nombre de soulèvements, révoltes et insurrections populaires en son sein et le souhait de la part d’une majorité de la population de vouloir changer de régime pour un régime de type fédéral non seulement pour la France mais également pour l’Europe. A contrario, l’association s’indigne que ce même Etat abonde dans le sens des représentants non indépendantistes en Nouvelle-Calédonie désireux de mettre en place un fédéralisme qui vise en réalité non pas à fédérer mais à partitionner le territoire.
Il convient toutefois de rappeler qu’instaurer une fédération doit faire l’objet d’un consensus général et d’un partage réel du pouvoir sous peine d’être un échec et de disparaître comme cela fut le cas par exemple pour la Yougoslavie et l’Union soviétique (URSS), qui même si elles étaient officiellement toutes deux des fédérations, le pouvoir réel était fortement centralisé à Belgrade et à Moscou, créant un déséquilibre. En URSS, les républiques fédérées (Ukraine, Géorgie, Lituanie, etc.) revendiquaient souvent plus d’autonomie voire l’indépendance. Cela a mené à l’effondrement de l’URSS en 1991. Le « fédéralisme » dans ces pays était plus formel que réel, la structure fédérale n’était qu’un outil de gestion administrative du centre, pas une véritable autonomie. Les élites politiques locales n’avaient souvent pas de réel pouvoir indépendant. Les difficultés économiques ont exacerbé les rivalités régionales. Les régions riches voulaient garder leurs ressources (ex : Slovénie en Yougoslavie), les régions pauvres réclamant plus de transferts, créant des conflits interrégionaux. Dans certains cas, les gouvernements ont préféré recentraliser le pouvoir. En Russie, Vladimir Poutine a réduit l’autonomie des régions après les années 2000, notamment après la guerre de Tchétchénie, pour éviter des sécessions. Cette centralisation est vue comme un moyen de renforcer l’État face aux défis internes et externes. Le système fédéral a souvent échoué dans les pays slaves parce qu’il était implanté dans des contextes de tensions ethniques, de pouvoirs autoritaires, et de faible tradition démocratique. Il a souvent été perçu comme un risque pour l’unité nationale plutôt qu’une richesse. Ce qui a entraîné soit son effondrement (comme en URSS et en Yougoslavie), soit son affaiblissement (comme en Russie).
Le fédéralisme n’empêche pas les tensions, mais dans certains cas, il permet de les canaliser pacifiquement. Certaines fédérations ont su conserver leur régime et faire face à des mouvements séparatistes comme le Canada qui a connu des tentatives sécessionnistes au Québec, mais rejetées par référendum, ou la Belgique qui malgré de fortes tensions communautaires demeure fédérale.
Plusieurs États fédéraux ont disparu au cours de l’histoire, souvent en raison de conflits internes, de pressions extérieures ou de réformes constitutionnelles. Voici quelques exemples notables :
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- Saint-Empire romain germanique (962–1806) : Cette entité politique complexe regroupait de nombreux États et principautés en Europe centrale. Elle a été dissoute par Napoléon Bonaparte en 1806.
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- Fédération des Indes occidentales (1958–1962) : Cette fédération regroupait plusieurs colonies britanniques des Caraïbes. Elle a été dissoute en raison de divergences politiques et économiques entre ses membres, notamment le retrait de la Jamaïque et de Trinité-et-Tobago .Wikipédia, l’encyclopédie libre
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- République fédérale d’Espagne (1873–1874) : Ce régime éphémère a été instauré après l’abdication du roi Amédée Ier, mais a rapidement été renversé, rétablissant la monarchie.
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- République des États-Unis d’Indonésie (1949–1950) : Créée après l’indépendance de l’Indonésie, cette fédération a été rapidement remplacée par un État unitaire en raison de tensions internes.
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- République fédérative démocratique de Transcaucasie (1918) : Cette fédération éphémère regroupait l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, mais a été dissoute en raison de divergences nationales et ethniques.
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- La Fédération du Mali (Sénégal + Soudan français) a éclaté en 1960 à cause de divergences sur la répartition des pouvoirs.
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- Le Pakistan (Pakistan oriental et occidental), bien que demeurant toujours une fédération, s’est scindé en 1971 avec l’indépendance du Bangladesh, en partie à cause de la marginalisation politique du Pakistan oriental.
La disparition de ces États fédéraux illustre les défis inhérents à la gestion de structures politiques complexes, où les tensions internes et les pressions externes peuvent mener à la dissolution.
A la décolonisation, Les fédérations mises en place par des pays nouvellement indépendants n’ont souvent pas survécu et se sont transformées en États unitaires pour plusieurs raisons, à la fois politiques, économiques, culturelles et historiques. Les frontières tracées par les puissances coloniales ont souvent regroupé de manière arbitraire des peuples aux identités, langues, religions et intérêts très différents. À l’indépendance, ces différences ont généré des tensions entre les entités fédérées, car aucune véritable unité nationale n’avait été construite. Les institutions mises en place au moment de l’indépendance étaient souvent fragiles, mal définies et peu enracinées dans la société. Les constitutions fédérales étaient parfois imposées ou calquées sur des modèles étrangers sans réelle adaptation aux réalités locales. Les dirigeants des nouveaux États préféraient souvent concentrer le pouvoir pour renforcer leur autorité, lutter contre les divisions internes et assurer la stabilité. La centralisation permettait également de contrôler les ressources, l’administration et les forces armées. Contrairement à des États fédéraux anciens (comme les États-Unis ou la Suisse), les pays nouvellement indépendants n’avaient souvent pas de tradition de gouvernance partagée ou de décentralisation.
Les fédérations post-coloniales ont échoué en grande partie à cause de la combinaison d’un manque d’unité nationale, de faibles institutions, de conflits internes et d’une volonté de centralisation du pouvoir. Beaucoup de dirigeants ont vu dans l’État unitaire un moyen plus simple et plus rapide de stabiliser et construire la nation.
Néanmoins, comme nous le rappelons sur notre site Internet (Qui sommes-nous 2 – APROFED), les Etats fédéraux actuels, bien que minoritaires par rapport aux Etats unitaires, concentrent près de la moitié de la population mondiale et constituent la moitié si ce ne n’est la majorité, en comptant les confédérations, des principales puissances économiques de la planète.
En vous souhaitant une bonne lecture et en vous rappelant que le fédéralisme est la seule solution pour concilier l’unité dans la diversité.
L’association APROFED
