Des députés sous pression

Des députés sous pression
26 février 2026

Des députés sous pression

Bonjour à tous,

L’association APROFED revient vers vous en cette fin de semaine suite à la parution d’un article dans le Figaro de Sonia Backès qui affirme que les députés qui ne voteront pas l’accord de Bougival donneront raison à ceux qui ont tout cassé en Nouvelle-Calédonie (cf. Sonia Backès : «Les députés qui ne voteront pas l’accord de Bougival donneront raison à ceux qui ont tout cassé en Nouvelle-Calédonie»).

Pour l’association, au contraire, les députés qui voteront en faveur du projet Bougival-Elysée-Oudinot légitimeront ainsi de façon explicite la notion de suprémacisme des instances étatiques sur le peuple, autrement dit la validation d’une supériorité et d’une domination de certains sur d’autres, d’un peuple sur un autre, d’une civilisation sur une autre, ramenant aux heures sombres du nationalisme et colonialisme, légitimant en plus du racisme au plus haut sommet de l’État celui de la loi du plus fort.

L’association s’insurge également quant aux propos de la ministre des outremers qui déclare que pour la Nouvelle-Calédonie, il y a Bougival ou rien (cf. Projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie : « Il y a Bougival ou rien », rappelle Naïma Moutchou). Or, outre le projet de Kanaky, d’autres alternatives sont possibles comme le rappelle Carine David, professeur en droit public (cf. Nouvelle-Calédonie : regard rétrospectif sur le processus de sortie de l’accord de Nouméa – Fondation Jean-Jaurès). Il est étonnant que le président de la République n’ai pas mise en place l’une de ces marottes, à savoir une convention collective, en vue de faire participer la population à trouver la solution.

Malheureusement, l’État semble avoir fait le choix d’avancer coûte que coûte, de passer en force son projet, rappelant la méthode Pons et de la droite des années 80, comme le rappelle le député Tjibaou (cf. Emmanuel Tjibaou :  » La légitimité démocratique de ce qui sort des discussions institutionnelles est entamée  » | Les Nouvelles Calédoniennes), ce qui avait amené par la suite aux événements de la grotte d’Ouvéa. L’État actuel compte-t-il reproduire à nouveau les erreurs du passé ? Tant qu’aucun heurt ne se produit sur le sol métropolitain, à Paris même comme pour les gilets jaunes, le dossier calédonien et ses soubresauts semblent bien lointain.

L’association rappelle que chaque insurrection kanak depuis la colonisation a engendré au minimum une centaine de morts, tant chez le peuple premier que parmi les descendants des colons et déportés ainsi que parmi les forces armées de l’État (gendarmes). Avec le décès de Frédéric Grochain décédé le 6 février 2026 (cf. Saône-et-Loire. Écroué à Varennes-le-Grand suite aux émeutes de Nouvelle-Calédonie, un Kanak de 31 ans retrouvé mort dans sa cellule), nous en sommes pour l’heure à 16 décès depuis l’insurrection débutée en 2024.

L’association rappelle également que cette insurrection et la casse signalée par Mme Backès ne furent que la conséquence et non la cause d’un premier passage en force de la part de l’État et des partis loyalistes locaux sur la volonté de dégeler le corps électoral via un premier projet de loi de modification de la Constitution, ce à quoi une partie de la population calédonienne (>40%) était opposée.

Les loyalistes s’offusquant qu’une minorité puisse bloquer voir imposer sa vision à la majorité, allant jusqu’à invoquer un déni de démocratie. Or, comme le rappel le dicton, « la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Cette posture des dirigeants loyalistes qui se disent proches des entreprises, malgré ce qu’ils viennent de leur faire subir, est d’autant plus étonnant lorsque l’on connaît justement le fonctionnement par exemple au sein de SAS où existe le principe de minorité de blocage qui consiste pour un ou plusieurs associés ou actionnaires minoritaires d’empêcher par leur vote la prise d’une décision afin de ne pas être lésés.

Par ailleurs, il est étonnant de voir la réaction de Mme Backès qui fut chargé un temps du secrétariat d’État à la citoyenneté, alors même que les kanak ne font que respecter l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui est que le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Il est par ailleurs étonnant de faire appel au droit et d’invoquer la démocratie lorsque l’on sait que l’État français ne respecte pas le droit international onusien qui impose à ne pas bouleverser la démographie d’un territoire non autonome, ce que ne cesse de faire la France afin de conserver le peuple premier et sa revendication indépendantiste minoritaire. Or, pour rappel encore une fois, c’est l’État français qui a amené dans les années 70 les kanak a choisir cette voie. Eux ne souhaitant que retrouver l’autonomie attribuée dans les années 50 et reprise de manière arbitraire dans les années 60. Il convient également de rappeler que cette peur de l’État face à cette indépendance supposée est infondée, dans la mesure où un grand nombre de territoires ultramarins français disposant d’une majorité démographique de leurs populations autochtones ne demande pas l’indépendance, voir ne l’appliquent pas. Le cas non français du Groenland en est le bon exemple.

Le rappel continu et incessant par la ministre des outremers sur le fait que le processus de Bougival a été négocié par 5 forces politiques sur 6 (cf. Projet de loi constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie : « Il y a Bougival ou rien », rappelle Naïma Moutchou) confirme bien la politique démographique visant à rendre minoritaire démographiquement le peuple kanak et constitue de plus une insulte à la mémoire des calédoniens, dans la mesure où lors des accords de Nainville-les-Roches, il y avait moins de participants (4). La venue massive de pieds-noirs du maghreb après notamment l’indépendance de l’Algérie et de wallisiens et futuniens pour raison économique qui s’avèrent plus nombreux en Nouvelle-Calédonie que sur leur propre île de Wallis et Futuna, qui ont aujourd’hui formé des formations politiques, n’étant pas pour arranger les négociations actuelles, arrange toutefois l’État. Si un nouvel accord et dégel du corps électoral venait à être validé, il n’est pas difficile à deviner que dans 30 ou 40 ans, de nouvelles formations politiques voit le jour comme pourquoi pas un parti réunionnais par exemple.

L’association se désole que l’État reproduise au travers de sa ministre des outremers, d’origine marocaine, une pratique déjà utilisée durant les guerres de décolonisation, à savoir utiliser des personnes provenant de ces colonies afin de contraindre des opposants dans d’autres colonies comme ce fut le cas avec l’envoi de militaires coloniaux maghrébins lors du conflit vietnamien (Indochine).

Pour conclure, si les députés socialistes ont signifié leurs volontés de ne pas voter le projet Bougival-Elysée-Oudinot quand celui-ci arrivera au sein de l’Assemblée, fin mars, leurs abstentions cette semaine plutôt qu’un vote contre lors de son examen au Sénat, interroge (cf. Kanaky : la réforme constitutionnelle coloniale votée au Sénat avec le soutien tacite du PS). L’association ayant peur que le FLNKS ne soit à nouveau désabusé par les socialistes comme dans les années 80, car bien qu’humanistes, aucun socialiste ne voudra assumer le détachement de l’ensemble français de l’un de ses territoires.

Arriveront-ils peut-être a poursuivre voir finaliser le processus fédéral engagé par Michel Rocard en 1988, que nous demandons via le projet de notre association et que nous estimons se situer au juste milieu de l’ensemble des revendications des uns et des autres.

En vous souhaitant une bonne lecture et en vous rappelant que le fédéralisme est la seule solution pour concilier l’unité dans la diversité.

L’association APROFED