Article des Nouvelles Calédoniennes du 25 octobre 2025

Article des Nouvelles Calédoniennes du 25 octobre 2025
28 octobre 2025

Article des Nouvelles Calédoniennes du 25 octobre 2025

Bonjour à tous,

L’association APROFED revient vers vous cette semaine suite à un article des Nouvelles Calédoniennes paru le 25 octobre 2025 relatif à la remobilisation de la CCAT (indépendantistes) contre l’accord de Bougival (cf. « Bougival, c’est un recul » : à la Vallée-du-Tir, la CCAT tente de remobiliser ses militants | Les Nouvelles Calédoniennes).

L’association souhaitait réagir suite aux propos tenus par un militant pour qui le peuple kanak est légitime à « demander sa liberté », qu’il ne veut pas opposer aux aspirations des autres communautés. « Ceux qui sont arrivés ici durant la colonisation devraient avoir l’humilité de dire : ‘d’accord, il y a un peuple premier, on les soutient dans ce qu’ils veulent pour ce pays’. On pourrait alors le faire ensemble. » Les victimes de l’histoire, de souche européenne et asiatique, seraient ainsi selon lui en parti responsable quant au fait que les kanaks n’accèdent pas à l’indépendance.

L’association rappelle ici que le colonisateur est : l’Etat français, et non les populations que celui-ci a contraint de venir s’installer en Nouvelle-Calédonie.

Nous rappelons également, comme mentionné dans l’un de nos articles (cf. 4 raisons pour lesquelles la France n’accordera jamais l’indépendance à la Nouvelle-Calédonie – APROFED), que même si une majorité de votants venaient à s’exprimer en faveur de l’indépendance, il n’est pas dit que la France l’accorderait. Citons le cas actuel des îles Féroé vis-à-vis du Danemark ou bien encore celui de Bougainville vis-à-vis de la Papouasie Nouvelle-Guinée, qui malgré un vote majoritaire tenues il y a des années en faveur de l’indépendance, ces deux territoires ne le sont toujours pas.

Par ailleurs, si les indépendantistes ont en effet produits de nombreux travaux écrits afin de préciser les contours de ce que serait le futur Etat de Kanaky pour ainsi rassurer les différentes composantes de la population et tenter de les convaincre du bien-fondé de leur projet, il semblerait que ce travail n’est pas entièrement porté ces fruits, dans la mesure où ce n’est pas tant l’intérieur du cadre qui importe mais la nécessité du tableau lui-même, à savoir l’indépendance, qui apparaît pour beaucoup comme une idée surannée, même chez les kanak.

En effet, dans un monde globalisé, où les supranations (Etats fédéraux) représentent les principales puissances économiques et militaires de la planète, obligeant les autres Etats à se rassembler (exemple de l’Union européenne) malgré leurs ADN nationalistes respectifs. Il demeure ainsi étonnant que perdure l’idée dépassée, à contre-courant, de vouloir s’isoler et devenir indépendant lorsque l’on sait par ailleurs que les dirigeants kanak une fois cette indépendance acquise souhaiteraient créé des “Etats fédérés de Mélanésie” (cf. Le fédéralisme en débat sur les Iles Loyautés, au sein du FLNKS et dans le monde mélanésien – APROFED). C’est d’ailleurs pour cela que l’association soutient la proposition plus large faite par certains penseurs océaniens des “Etats-Unis d’Océanie” qui ne se limiterait pas à la simple Mélanésie mais inclurait l’Australie, la Micronésie et l’ensemble polynésien (cf. sans la France – APROFED).

Ainsi, la promotion de cette vision plutôt qu’une indépendance sèche aurait certainement selon nous permis l’adhésion d’un nombre de citoyens, notamment parmi les “victimes de l’histoire” dépassant les frontières des seuls indépendantistes et permettant un possible travail ensemble vers un destin commun comme le souhaite le militant de la CCAT. Ce n’est malheureusement pas ce travail de communication qui a été mené lors des différents scrutins d’autodétermination au regret de certains sympathisants de la cause indépendantiste d’origine européenne.

L’association s’interroge aussi quant à la défense d’une volonté de devenir indépendant alors même qu’à l’époque des décolonisations notamment françaises (1945-1965), les dirigeants kanaks luttaient afin de retrouver leurs autonomie et non l’indépendance. Que cette dernière leur fut quasiment imposé par Paris dans un choix entre l’intégration pur et simple dans le giron français ou le départ manu militari avec pertes et fracas. C’est ainsi que les leaders kanaks choisirent la solution de l’indépendance proposée par la France qu’elle n’honorera pas et qu’elle n’honorera jamais. Cette notion d’indépendance demeurant pour certains (cf. Entretien avec Didier Leroux – YouTube) comme un moyen de pression dans les négociations sous formes de rapports de force avec la France, afin de demander toujours plus pour avoir un peu moins (l’autonomie).

Afin d’apaiser les tensions et d’éviter un nouvel épisode dramatique du type d’Ouvéa, l‘association appelle les indépendantistes à requalifier leur souhait d’indépendance en autonomie comme le fait actuellement le Front Polisario avec le Maroc, et retourner à la table des discussions avec les 3 intentions suivantes, qui se retrouvent dans le projet de l’association (cf. Rappel du projet de l’association – APROFED ) que sont :

compléter l’accord de Bougival afin de récupérer les compétences de la Justice et de police afférentes aux compétences propres au Territoire afin de poursuivre le statut fédéral mis en œuvre par les accords de Matignon et de Nouméa, permettant par la même d’obtenir pour les indépendantistes une sorte de “petite indépendance”, en récupérant la souveraineté législative, soit quelque part l’autonomie interne tant recherchée, ainsi que la souveraineté partagée avec la distribution à part égale des compétences régaliennes entre l’Etat et le territoire,

– fixer une nouvelle date d’autodétermination fixée à 2053, le temps de reconstruire et d’assimiler les nouvelles compétences,

– pour ainsi étudier dans cette période de 30 ans, les modalités pour ou contre un rapprochement avec nos voisins du pacifique.

L’association exhorte également l’Etat français, malgré le fait que celui-ci “n’a pas la culture du compromis” comme l’affirme certains, a se diriger également vers cet objectif afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions et un nouvel Ouvéa bis, ce vers quoi la situation tend aujourd’hui inexorablement à nous conduire.

Car malgré le flop de la déclaration d’indépendance du 24 septembre 2025 (cf. En Nouvelle-Calédonie, la promesse de déclaration d’indépendance fait un flop) par les dirigeants du FLNKS, ceux-ci ont maintenu cette volonté d’accéder à l’indépendance d’ici 2027, en attirant l’attention que tout nouveau passage en force de la part de l’Etat suscitait un risque et amènerait une réponse inévitable de leur part.

Si des milliers de forces de l’ordre sont actuellement déployés par l’Etat afin d’éviter tout débordement, l’association rappel à l’Etat certains éléments nouveaux au niveau régional à savoir la signature d’accords de défense entre l’Australie et la Papouasie Nouvelle-Guinée et prochainement avec le Vanuatu, 2 pays mélanésiens et membres du groupe du Fer de Lance, soutenant la cause indépendantiste de Kanaky. Sans oublier l’accord de sécurité intérieur entre les îles Salomon et la Chine. Ainsi, alors que la France partage son savoir-faire avec les militaires d’Océanie (cf. VIDÉO. À Plum, l’armée française partage son savoir-faire avec les militaires d’Océanie), que se passerait-il dans ce jeu des alliances si ces derniers venaient à prêter main forte à un nouveau soulèvement populaire kanak? Comment réagirait l’Australie et la Chine et leurs alliés respectifs que sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Russie? Sans oublié dans le cadre d’un futur accord de défense entre l’Australie et son voisin indonésien, qui est le premier pays musulman au monde par sa population. Si ce scénario demeure de la politique fiction, il n’est toutefois pas inenvisageable vu la nouvelle guerre froide en cours, vis-à-vis de laquelle les indépendantistes gardent pour l’heure leurs distances, malgré quelques provocations (GIP Bakou), mais jusqu’à quand?

Il convient de rappeler également aux indépendantistes que l’entêtement et les sacrifices ne sont pas toujours payants. Car si beaucoup estiment que l’épisode de la grotte d’Ouvéa a permis d’amener aux accords de Matignon et Nouméa. Il convient de souligner que ces derniers ressemblent pour beaucoup à la proposition Lemoine (cf. La valse des statuts – APROFED), première solution proposée par l’Etat dans les années 1980 et pourtant refusé par les indépendantistes et que ces derniers sont même allés jusqu’à refuser un possible statut de protectorat (statut Pisani), dit d’indépendance-association, encore plus avantageux et que demande aujourd’hui l’avocat du FLNKS en souhaitant pour la Nouvelle-Calédonie, un statut d’Etat-associé ou comme celui de Monaco (cf. L’exemple du statut de la principauté de Monaco – APROFED).

Pour conclure, l’association appelle les parties que sont l’Etat et les indépendantistes à retourner à la table des négociations afin d’essayer de faire coïncider « Accord de Kanaky » et « Accord de Bougival » et non de tenter de les imposer à l’une ou l’autre des parties.

En vous souhaitant une bonne lecture et en vous rappelant que le fédéralisme est la seule solution pour concilier l’unité dans la diversité.

L’association APROFED